__.- CHAPITRE PREMIER -.__
~partie 1~
Le chauffeur ouvrit la portière arrière de la voiture et laissa s'engouffrer une jeune femme d'une vingtaine d'années, tout simplement vêtue d'un jean et d'un débardeur. Il reprit vite sa place à l'avant et conduisit la limousine noire comme l'ébène jusqu'à l'immense résidence familiale. En chemin, il dit à la jeune femme que sa tenue était dans la housse noire qui était sur la banquette. Elle le remercia et se démena pour se changer dans la voiture et enfiler une tenue bien plus conventionnelle. Elle troqua alors son jean et son débardeur pour une longue robe de satin noir qui moulait chacune de ses formes à la perfection. A ses pieds, elle trouva son petit vanity de secours et put donner à sa coiffure une tenue parfaite. Un rapide maquillage discret consistant en un simple trait de crayon noir pour faire ressortir le bleu profond de ses yeux et une touche de mascara et le tour fut joué. Le chauffeur jeta un oeil dans le rétroviseur et sourit pour approuver la nouvelle tenue de sa jeune maîtresse.
La limousine entra dans l'immense propriété fermée par de lourdes grilles que deux portiers étaient chargés de garder. La limousine s'arrêta dans la cour et un jeune majordome tout juste âgé de 17 ans s'empressa de venir accueillir la jeune femme. Il l'escorta à l'intérieur où toute la famille était déjà réunie. Elle entra dans la salle de réception et vint saluer son père qui ne put réprimer un regard fier en la voyant déambuler telle une princesse dans sa demeure. En la voyant ainsi, il se radoucit alors qu’à peine cinq minutes plus tôt, il aurait pu maudire la terre entière. Il ne se priva cependant nullement de lui faire une petite remarque sur son retard
- Les stars se font toujours attendre. N'est-ce pas ma chère Lolu ?
- Evidemment, père ! Le meilleur se fait toujours attendre !
Il sourit à une telle réplique et le repas dominical put enfin commencer. Lolu, son père, sa mère et sa soeur aînée étaient assis à table. La mère faisait face à son mari qui était entouré de ses deux filles, deux éternelles rivales. Les servants vinrent apporter les apéritifs, et si l'aînée avait choisi un apéritif alcoolisé, la plus jeune s'était décidée pour un simple rafraîchissement sans alcool, ce qui lui valu les bonnes grâces de son père même si celui ci avait aussi un apéritif alcoolisé. Leur mère était certes bien présente mais faisait plus office de décoration d'intérieur que de réelle intervenante. D'ailleurs, depuis son mariage avec le riche héritier d'une société de communications, elle n'avait plus eu son mot à dire.
Le repas se déroula sans la moindre encombre jusqu'à ce que l'aînée des soeurs lance à son père sur un ton qui se voulait mielleux
- Père, après le repas j'aurais une surprise pour vous ! Je suis sûre que vous allez adorer !
- Une surprise ? De quel ordre, Marie ?
- Un jeune esclave que j'ai déniché. Nous allons nous amuser avec lui, père ! Comme vous nous l'avez appris !
Lolu manqua de peu de s'étouffer. Ces pratiques ridicules ne cesseraient-elles donc jamais ? Où était le plaisir à voir un être humain captif et sans défense se faire humilier, rabaisser et torturer ? Pour Lolu il n'y en avait aucun. Même si depuis toute petite on lui avait appris à traiter avec mépris et méchanceté ses serviteurs, elle n'avait jamais su s'y résoudre. Et ses serviteurs le savaient très bien. Il n'y avait qu'en public qu'elle prenait un faux air dur qui ne servait qu'à dissimuler une gentillesse débordante. Et sa soeur qui venait d'annoncer les réjouissances, si toutefois s'en était, en plein milieu du repas ! Cherchait-elle à lui couper l'appétit ? Si c'était là le but recherché, elle l'avait atteint.
Lolu se força de ne rien laisser paraître et finit son assiette en parfaite jeune femme bien élevée. Les serviteurs apportèrent le dessert et ce fut précisément le moment que Marie choisit pour faire entrer sa surprise. Deux servants, travaillant pour le compte de Marie, poussèrent un large socle en bois sur roues sur lequel était fixé une potence en bois rêche. Un jeune homme d'à peine vingt ans y était attaché, les bras en l'air, avec une corde non travaillée, à l'aspect brut et peu agréable au toucher. Pour toute tenue, il portait un vieux jean déchiré qui laissait voir de vilaines blessures sur son corps anémié. En voyant ce petit être sans défense, Marie et son père eurent de larges sourires tandis que Lolu aurait pu leur vomir le repas au visage tant un tel spectacle la dégoûtait.
Marie se leva de table et s'approcha du jeune homme à qui elle releva le menton pour que son visage soit face au sien. La petite assemblée put alors découvrir le regard apeuré et triste du jeune homme. Lolu, qui lui tournait le dos, se tourna pour épier les faits et gestes de sa peste de soeur. Marie alluma une cigarette et le regard du jeune garçon attaché se fit alors d'autant plus craintif. Lolu ne put réprimer une folle envie de se jeter sur sa soeur comme une lionne sur sa proie mais elle savait qu'elle devait rester aussi impassible que le marbre. Et pourtant. Alors qu'elle croisa le regard du jeune esclave, elle su qu'elle ne saurait rester impassible bien longtemps.
Marie s'apprêtait à poser la cigarette sur le bras du détenu mais Lolu, vive comme l'éclair, bondit et l'arrêta à temps. Elle lui arracha la cigarette des mains et l'écrasa sur le sol. Sa soeur manqua de peu de l'étrangler pour avoir osé mettre un terme à son petit jeu mais Lolu avait plus d'un tour dans son sac et lança simplement, sur un ton neutre et d'une voix dénuée de sentiments
- Je ne supporte pas la fumée de cigarette et encore moins quand je mange ! Et de toute façon, tu devrais arrêter de fumer, c'est très mauvais pour toi !
- Il ne perd rien pour attendre tu sais ! Tu ne le sauveras pas une seconde fois !
- Oh ... tu crois que c'est pour lui que j'ai fait ça ? Ma pauvre Marie, tu es si naïve ! C'est moi qui ne supporte pas cette odeur infecte que tu dégages avec ton poison ! Alors ne viens pas me dire que j'ai sauvé ce brave petit. D'ailleurs ... Où l'as-tu déniché celui là ?
- Pourquoi ? Tu en voudrais un peut-être ?!
- Parfaitement ! J'en avais pas de comme ça à ma collection !
- Tu ne collectionnes même pas les esclaves ! Celui là, il est à moi !
- Je te le rachète alors ... Disons ... le double de son prix !
- Non !
- Marie ?! Fit le paternel, étonné
- Père ?
- Je croyais que tu étais une femme d'affaires, je vois que je me trompe ! Quels sentiments nourris-tu pour cet esclave ?
- Mais père, je ...
- Deux fois et demie alors ! Je ne trouverai pas de petit spécimen pareil pour agrémenter mon entrée ! Je veux celui ci !
- Trois fois son prix d'achat et il est à toi ! Qu'est ce que c'est qu'un petit million d'euros pour toi ... Fit-elle avec un sourire narquois
- Très bien ! Je te fais le chèque tout de suite! Taylor ???
- Oui maîtresse ! Fit un jeune serviteur qui travaillait pour elle
- Détache moi ce jeune homme et fais y attention, il ira dans l'entrée. Qu'il soit dans la voiture quand je sors ! Je n'en ai pas pour bien longtemps !
- Bien maîtresse !
Lolu revint à table et signa le chèque sous les yeux écoeurés de sa soeur. Marie ne voulait pas le vendre, elle voulait l'humilier, le blesser, le torturer pour montrer à son cher père qu'elle était aussi infâme que lui. Une fois le chèque remis et la bise à son père faite, Lolu s'engouffra dans la limousine où elle trouva son bien complètement sonné par la piqûre de somnifères qui lui avait été administrée. En voiture, Lolu se rechangea et troqua la longue robe pour son vieux jean et son débardeur. La robe retrouva sa place dans la housse et retournerait se perdre au fond de la vieille penderie du dimanche.