Tout d'abord merchi à tout le monde pour vos zentils commentaires !!! ça m'aura fait poster !!!
Le calme était retombé sur le manoir. Tous les initiés qui étaient rentrés étaient désormais dans la salle adjacente à l'entrée. Il leur fallait nettoyer bottes et vêtements, et bien évidement, il n'était pas question de faire le nettoyage dans une autre pièce. Leurs bottes sales auraient bien vite eu raison de la propreté parfaite du manoir. Car si de l'extérieur, le manoir semblait être abandonné et que les légendes populaires le caractérisaient comme hanté, à l'intérieur, la vie était bien réelle et agitée. Tandis que les initiés s'affairaient au nettoyage de leur matériel, le père de Jyrki monta s'isoler dans son bureau, seule pièce du manoir où il se savait tranquille. La petite conversation avec son fils au sujet de Lolu l'avait troublé bien plus que de raison. Il avait habillement masqué ses sentiments et émotions mais il savait que Jyrki avait raison. L'extérieur regorgeait de dangers et il ne voulait pour rien au monde savoir sa fille y être exposée. Et le fait de savoir que la décision ne lui appartenait pas le détruisait d'autant plus.
Lolu était dans sa chambre, seule, allongée sur le grand lit à baldaquin aux voiles d'un doux mélange bleu et violet très pastel. La chaîne Hi-Fi qui trônait fièrement sur un meuble de bois noir crachait volontiers un chant torturé qu'un chanteur blessé se plaisait à hurler pensant peut-être avoir trouvé le remède pour exorciser ses démons refoulés. Lolu se contrefichait de savoir si le volume de la chaîne aurait pu déranger quelqu'un, si les paroles tout sauf acidulées pouvaient choquer les plus jeunes ou si les moments où elle se plaisait à l'accompagner au chant pouvaient agacer. Elle n'entendit pas la porte s'ouvrir sans un bruit sur un jeune homme au visage angélique qu'une chevelure blonde venait encadrer à la perfection. Ses grands yeux bleus n'étaient pas sans rappeler ceux de la jeune femme mais leur teinte était bien plus pâle, plus claire, plus sage, plus tendre. Son corps fin et fragile ne lui conférait aucunement la virilité apparente et souvent exagérée des autres membres du clan. Au contraire, il avait une apparence si douce et fragile que l'on se serait plu à le protéger. Mais il ne fallait pas s'y fier. Ses adversaires l'avaient appris à leurs dépends. S'il avait l'apparence d'un ange, en lui sommeillait un véritable démon. Sans un bruit, il vint prendre place aux côtés de sa soeur qu'il tira alors de ses rêvasseries. Avec un sourire des plus mielleux, il lui fit :
- Ravi de voir que mon cadeau te plait !
- J'adore ce C.D. ! Il est mortel ! Merci
Jonne.
- De rien Princesse. Et cette année, tu veux quoi ?
- Sortir !
- Sortir ?! Répéta-t-il sous le choc
- Oui. Sortir. Je vois pas l'intérêt d'avoir ce truc autour du cou si ça ne veut rien dire. et je vous vois tous sortir tous les soirs comme vous voulez et moi je reste là. Même les petits sortent plus que moi !!! Tu te rends compte ? Je vais me tirer d'ici, moi !
- Il fait ça pour te protéger, tu sais !
- M'en fous ! J'ai plus trois ans ! D'ailleurs les gosses de trois ans sortent plus que moi ! Je suis la seule à pas être allée dans une vraie école !
- Et à part ça ???
- N'importe quoi qui vienne de toi, ça sera parfait.
Il sentit le rouge lui monter aux joues et vint déposer un tendre baiser sur la joue de sa soeur. Il resta un court instant avec elle, méditant la requête de sa jeune soeur. Comment pouvait-il lui offrir ce qu'elle désirait sans l'approbation de son père qu'il savait d'avance ne pas avoir. Soudain, comme frappé par la lumière d'une révélation tant attendue, son visage d'ange s'éclaira. Il prit congé de sa soeur et, après s'être assuré d'être seul dans le couloir, il gravit deux par deux les marches le menant à la tourelle du manoir. Il se retrouva nez à nez avec une magnifique porte de bois sur laquelle les ravages du temps n'avaient pas fait leur oeuvre, contrairement aux autres boiseries du manoir. La porte était aussi lisse qu'au premier jour et la sculpture de bois représentant le symbole du clan semblait tout juste finie. Il hésita un moment avant de frapper et lorsqu'il s'apprêta à le faire, la porte s'ouvrit sur une femme d'un certain âge qui lui sourit. De sa voix éraillée et froide qui se voulut douce, elle lui dit:
- Entre, Jonne, je t'attendais.
- Merci beaucoup. Je voudrais vous parler de Lolu.
- Je n'en doute pas. Je t'écoute.
- Je suis persuadé que vous le savez déjà mais ... Elle veut sortir.
- Effectivement, je le sais ! Et ... je dois avouer y avoir déjà pensé. D'ailleurs, installes toi confortablement, je tiens à m'entretenir avec toi.
Il ouvrit de grands yeux surpris. S'en suivit une discussion ininterrompue où Lily lui expliqua en détails son idée. Ils restèrent un long moment enfermés dans la pièce. Puis Jonne, ravi, descendit retrouver sa chambre et son lit.
Au manoir, les jours se suivaient et se ressemblaient. Chaque soir, Lolu attendait le retour des initiés, assise sur le rebord de la fenêtre, puis esquivait le récit de Jussi dont elle se délectait tant par le passé. Elle ne voulait plus entendre ses récits, elle voulait vivre. Simplement vivre. Plus les jours passaient, plus la jeune femme nourrissait une rancoeur grandissante à l'égard de son père. Et il ne pouvait pas lui avouer qu'il n'était le seul à décider. Même si c'était à lui qu'elle devait d'être enfermée puisque c'était lui qui avait demandé à Lily de la protéger. Mais que pouvait-il faire d'autre ? Il avait vu ses autres filles confrontées à la dure réalité d'une vie pleine de dangers, que pouvait-il faire d'autre que la protéger. Elle. Mais il ne se doutait nullement de ce qui se tramait dans son dos, dans les couloirs et recoins sombres du manoir, dans les pièces que plus personne ne fréquentait. Il était à mille lieues de s'imaginer que sa chère Lily réservait à sa fille unique un destin tout autre que celui auquel il avait rêvé.
Quelques jours plus tard, Lolu était dans sa chambre et regardait tristement par la fenêtre les plus jeunes du clan jouer dehors, sur le perron et juste devant la maison. Ces petites actions tout à fait banales lui étaient interdites. Elle ne pouvait même pas prétendre profiter d'un moment devant le manoir. Elle sursauta en entendant la porte de sa chambre s'ouvrir. Elle offrit un sourire sincère à celui qu'elle aurait étranglé quelques secondes plus tôt. Elle accouru vers lui et lui sauta dans les bras, manquant de peu de le faire tomber à la renverse. Il lui sourit à son tour et vint prendre place sur son lit sous le regard inquisiteur de sa soeur. Il se plu à faire durer le suspense sur la raison véritable de sa visite. Puis voyant sa soeur s'impatienter, il finit par lui dévoiler le secret.
- Je t'ai demandé ce que tu voulais pour ton anniversaire et tu m'as dit que tu voulais sortir ...
- Enfonce le couteau, va ! J'avais pas bien compris que je pouvais pas sortir !
- Il y a un concert de ton groupe que t'adore tant ...
- Mais rajoutes-en une couche !!!
- On y va !
- Et en plus tu me nargues !!! Nan mais t'as ... t'as dit quoi ?
- J'ai dit : on y va !
- Toi et moi ?
- Oui ! Toi et moi !
- Mais il a dit oui ?
- Ouais !!! Enfin ELLE a dit oui !
- Mais comment t'as fait ?
- Il n'a pas eu à me convaincre ... j'y pensais ! Et pour ce jour particulier, tu n'iras pas vêtue ainsi.
- Ma... mère ?!
- Tu pourras venir faire une petite incursion dans ma penderie !
- C'est le plus bel anniversaire de toute ma vie ! Merci merci !!!
Jonne et Lily regardèrent la jeune femme avec un petit sourire en coin. Elle était si attachante lorsqu'elle avait ce petit air de petite fille un soir de Noël. Et elle n'était pas au bout de ses surprises. Le duo mère et fils avaient parfaitement tout planifié pour sa première grande sortie. La jeune demoiselle courut dans tout le manoir en chantonnant qu'elle allait enfin goûter à la liberté. Lily remonta tandis que Jonne suivait sa jeune soeur comme son ombre. Dans l'ombre, son père manqua de s'étouffer. Comment avait-elle pu lui faire une chose pareille? Etait-elle devenue inconsciente ?